Les histoires de Charlie

Histoires de...
 
AccueilCalendrierGalerieFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 Dérive solitaire

Aller en bas 
AuteurMessage
Charlie
Admin
avatar

Nombre de messages : 226
Date d'inscription : 07/11/2006

MessageSujet: Dérive solitaire   Mar 14 Avr - 14:28

Howard ouvrit difficilement un œil, puis l’autre. Ses paupières étaient lourdes, comme chaque matin depuis longtemps déjà. Il dormait mal. Les nombreux cauchemars qui hantaient ses nuits avaient eut raison de son courage et de sa santé. Alors qu’autrefois il se levait d’un bond, aujourd’hui Howard préférait trainer encore un peu plus sur ce lit de fortune. Sans doute les effets de l’air de plus en plus rare dans la station. Ou de l’âge.
Au moment où il se décidait enfin à tendre le bras vers ses lunettes, la porte s’ouvrit sur la large carrure du Dr Stilson. La lumière vive du couloir aveugla un instant Howard, mais l’effet douloureux fut rapidement estompé par l’ombre du médecin qui s’allongeait à l’intérieur de la pièce. Son inséparable bloc-notes dans une main, une seringue dans l’autre, Stilson entra dans la pièce, le visage crispé, comme à son habitude. Son regard fatigué se posa sur Howard qui lui sourit, ayant enfin ajusté ses lunettes. La porte se referma avec un bruit sec.
- Bonjour docteur. Comment allez-vous ce matin ?
- Comme toujours, je vous remercie, colonel.
- Ai-je rêvé, ou il y a eut une nouvelle explosion cette nuit au secteur C ?
- Je ne suis pas au courant.
- Allons docteur vous savez toujours tout. La station est trop petite pour que ce genre de chose vous échappe. Et vous êtes en contact avec nous tous chaque jour pour nous administrer votre dose de ce produit miracle qui nous permet de reste en vie encore quelque temps.
- Si vous tenez vraiment à savoir ce qui se passe, sortez donc de votre cellule, colonel. Ce n’est pas en restant enfermé ici que vous pourrez changer quelque chose à notre situation.
- Vous savez que mon ordinateur me suffit pour être en contact avec tous ces gens. Je ne peux rien leur apporter de plus. La seule chose que je puisse faire serait de ne plus prendre cette dose que vous m’infligez chaque jour contre mon gré. Mais vous refusez de me laisser mourir seul dans mon coin… alors même que nous sommes tous condamné à mourir d’une lente asphyxie. Au moins ces doses que j’utilise jour après jour pourraient-elles servir à quelqu’un d’autre, à quelqu’un de plus utile.
- Chaque personne est utile à quelqu’un, ne l’oubliez pas, répliqua froidement le praticien.
- Oui, je sais. Vous m’avez suffisamment parlé de ma femme qui m’attend sur Terre. De l’enfant qu’elle portait lorsque je suis parti. Mais la Terre existe-t-elle encore ? Ma famille est-elle seulement encore en vie ? Et puis très honnêtement je ne suis pas sûr de vouloir revenir sur la Planète Bleue. Nous sommes partis depuis trop longtemps et les horreurs que j’ai vécu dans l’espace …

Un frisson secoua le colonel Howard Craze. La remontée de certains souvenirs désagréables jeta un froid sur la conversation. Howard remonta sa manche et tendit son bras au médecin. Celui-ci planta son aiguille sans autre préparation, injectant ce remède miracle permettant aux gens de la station de survivre malgré le manque d’oxygène en quantité suffisante. Mais ce produit nécessitant lui-même de l’oxygène, l’air se faisait de plus en plus rare et la mort s’approchait chaque jour davantage, Howard le savait. Tout contact avec la Terre était rompu et la station dérivait dans l’espace, incapable de se diriger par elle-même. Et tout ça par sa faute ! A cause d’une erreur incroyable de sa part, lui, le meilleur astronaute jamais formé sur Terre ; une erreur qui avait amené la station trop près d’un gigantesque astéroïde radioactif qui avait définitivement mis hors-circuit les machines de base de la station. C’est ainsi que les communications avec la Terre, les moteurs, les générateurs d’oxygène et d’autres outils de première nécessité avaient cessé de fonctionner. Tout ça à cause d’une erreur de calcul !
Sa première réaction, une fois le désastre consommé, avait été de noyer son désarroi dans l’alcool. Mais évidemment l’alcool n’était pas inépuisable à bord de la station et la concurrence fut rude entre lui et ses principaux officiers. Aussi sa deuxième réaction fut de cloitrer dans sa chambre, avec pour seuls contacts avec l’extérieur son ordinateur et les visites journalières du Dr Stilson. Mais celui-ci n’était guère bavard. Pas plus aujourd’hui qu’un autre jour. Et lorsqu’il sortit Howard se sentit soulagé. Sa présence lui pesait, sans qu’il comprenne réellement pourquoi. A moins que ce ne soit tout simplement parce qu’il lui fallait se lever alors qu’il voulait dormir ?
Et pourquoi ne pas se recoucher après tout ? Se coucher et attendre que la mort ne vienne le prendre …


*****
**
*



- Alors, comment va-t-il, docteur ?
- Je suis désolé madame Craze, je crains que votre mari ne retrouve jamais la raison. Chaque jour qui passe le voit sombrer un peu plus dans son monde imaginaire, où il se croit isolé sur une station spatiale, coupé du monde par sa faute et n’ayant qu’à attendre la mort. Et malheureusement le moindre choc émotionnel lui prouvant qu’il est seulement sur Terre, dans un hôpital psychiatrique de l’armée, pourrait le tuer. Ou lui faire croire qu’il rêve, le plongeant davantage encore dans ses délires psychédéliques, ce qui n’est peut être pas mieux. Vraiment, je suis désolé, mais je crois que votre mari est définitivement seul face à ses cauchemars intérieurs.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://histoiredecharlie.realbb.net
 
Dérive solitaire
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Bibiton - le danseur solitaire
» calage dérive
» [AIDE] solitaire [RESOLU]
» [REQUETE] Solitaire en mode paysage
» [Tapply, William G.] Dérive sanglante

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Les histoires de Charlie :: Bibliothèque :: Les solitaires-
Sauter vers: